publié par LDN, le samedi 25 novembre 2006
Depuis des années, nous nous posions la question de la signification de Noël. Nous cherchions un sens réel à donner à cette fête car dans notre esprit une chose, au moins, était certaine : sous nos contrées Noël n’est plus qu’une grande foire commerciale. Cela nous interpellait d’autant plus que nos enfants grandissait, nous voulions vraiment leur proposer une autre image de Noël que celle des nantis partageant entre eux des biens superficiels sous couvert d’une fête dite du partage universel.
Décroissance et écologie
Nous n’allons pas exposer ici les thèmes développés par les objecteurs de croissance, vous trouverez des sites sur Internet qui traitent le sujet bien mieux que nous pourrions le faire.
Rappelons-en néanmoins les idées principales : le système sur lequel est aujourd’hui fondé le fonctionnement de notre société est la croissance économique. Si la croissance est insuffisante, point de salut ! Enfin, paraît-il. Parce qu’en y réfléchissant un peu, consommer induit une consommation accrue de matière première et une création galopante de déchets. Notre pauvre planète souffre déjà aujourd’hui significativement de ces prélèvements et rejets. Or, la croissance induit mathématiquement une consommation exponentielle des ressources naturelles. Et cela en ne considérant que nos populations occidentales. Les continents émergeant que sont aujourd’hui l’Asie et l’Amérique du Sud et qui seront, demain, l’Afrique aspirent au même train de vie que les pays dits développés. Nous savons que leur croissance va être (est déjà) fulgurante. L’empreinte que l’humanité impose à la planète devient donc de plus en plus oppressante... jusqu’à ce qu’un jour elle atteigne un seuil, un point de non retour. Et aucun scientifique n’a une idée de l’endroit où se situe ce seuil critique.
Il nous faut donc réduire de manière significative nos prélèvements, les réorganiser en vue de les partager avec les autres continents. Et le plus tôt sera le mieux car nous devons montrer l’exemple, nous ne pourrons pointer du doigt les pays émergeant et leur demander de réduire leurs prélèvements si nous n’avons pas emprunter ce chemin longtemps auparavant. Voire, si nous sommes suffisamment engagés sur ce chemin, nous aurons l’expérience et les connaissances pour les aider au mieux.
Cela, c’était sur le plan écologique.
Examinons le point de vue social. Notre fameuse croissance est fondée sur un modèle politique : le libéralisme. Il suffit d’observer notre société pour en mesurer tous les effets. Nous laissons à chacun en dresser un bilan. Même dans notre pays ou le volet social dans la politique est parmi les plus élaboré de la planète, le système génère des inégalités intolérables.
Enfin, notre humanité. Où est-elle passée dans une vie dans laquelle il nous est imposé de travailler pour acheter des biens dont nous n’avons pas vraiment besoin contrairement à ce que les rouleaux compresseurs de la publicité et du marketing s’échinent à nous bourrer dans le crâne. Chacun, donc, travaille dur toute sa vie pour acheter sa maison, ses voitures, son camescope numérique hyper perfectionné (mais désuet après deux années), etc. Il n’y aucun sens dans tout cela, nous semble t-il.
À quoi servent donc nos besoin si volumineux en matières premières et en énergie et pourquoi rejetons-nous tant de déchets : pour une société de consommation à tout va sans laquelle l’économie de croissance ne peut survivre. Il semble désormais graver dans le marbre que notre devoir premier de citoyen consiste à consommer.
Société de loisirs
Quelle est la valeur d’un cadeau de Noël ? Celle de dix cadeaux ? La boulimie des présents échangés à cette période de l’année ne réduit t-elle pas la valeur de chacun d’entre eux ? Au cours de l’année qui suit, combien de temps un enfant utilisera t-il un jouet qui lui a été offert ? Combien de jouets verront-ils l’année suivante ? Au bout de combien de mois la plupart d’entre eux finiront-ils au placard ou à la poubelle ?
Pour l’avoir vécu l’année dernière, nous sommes convaincus que l’enfant prendra un soin bien plus grand du seul cadeau qu’il aura reçu que l’ensemble de dix cadeaux réunis. Il jouera plus avec lui et prendra un temps infiniment plus long pour le choisir.
Clivage nord/sud
Pendant que nous festoyons à nous en rendre malade ici, au nord, que se passe t-il là-bas, au sud ? C’est vrai, c’est loin. Mais cela doit-il pour autant ne pas nous préoccuper ?
Au risque de passer pour des candides, nous pensons que la moindre contribution apportée à l’entraide entre les continents est importante à condition qu’elle soit sincère et indépendante de toute manœuvre politicienne.
Noël fête universelle et du partage ?! Partage entre nantis, certes. Universelle pour tous ceux qui ont la possibilité matérielle de la fêter. Quelle part de la population mondiale cela représente t-il ? Une minorité.
Voilà comment nous nous proposons de vivre Noël désormais. Nous avons fait passer le message suivant à la famille, parrains, marraines et amis : ne nous offrez plus de cadeaux. À la place, si vous le souhaitez, participez à hauteur de ce que vous souhaitez à une cagnotte. Nous l’utiliserons pour offrir un cadeau d’une valeur raisonnable à chaque enfant de notre foyer puis verserons le double de son montant initial à une association d’aide aux personnes dans le besoin ou à une organisation non gouvernementale. Doubler cette somme représente notre participation et consomme le budget des cadeaux que nous ne faisons pas non plus.
Nous avons exposé cette idée aux enfants et en avons discuté avec eux. Leur réaction nous a un peu surpris car ils n’ont pas remis le principe en question. Recevoir moins de jouets pour Noël mais partager réellement avec les autres leur a semblé normal. Étonnamment, la difficulté est plutôt venue des adultes auxquels nous avons dû expliquer longuement nos motivations.
Noël 2005
Nous avions choisi pour ce premier Noël d’offrir notre cagnotte à l’Unicef. En mars 2006, nous sommes allés en famille rencontrer une représentante de cette ONG. Elle a présenté aux enfants les actions menées par l’Unicef à travers le monde. Puis nous lui avons remis un ensemble de chèques représentant la somme totale de 380 euros.
Maël (7 ans) a choisi une tour d’assaut en bois pour ses chevaliers, il joue rarement dans sa chambre sans elle. Émilie (5 ans) a opté pour un lot de six figurines représentant des chevaux et une cavalière, elle joue presque tous les jours avec et nous les retrouvons régulièrement dans son lit. Noé (1 an) était un peut trop jeune pour choisir...
À tous ceux qui ont joué le jeu, un grand et chaleureux MERCI !
Noël 2006
Nous n’avons pas encore décidé quelle serait la destination de notre pécule rassemblé à l’occasion de Noël 2006. Mais nous avons décidé de reconduire l’opération. Cette année, nous voulons mieux expliquer notre démarche, c’est pourquoi nous avons écris ce texte.
Voici quelques liens vers des sites qui dévelopent les thèmes de la décroissance et de l’écologie :
decroissance.info ;
Unicef France.